À l’abattoir de Blancafort, le vivant comme la loi sont piétinés

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Article initialement publié sur l’Insoumission

Après une première intervention sur place en mars 2021, Manuel Bompard est retourné devant l’abattoir de Blancafort afin de constater si la mise en conformité annoncée par le gouvernement est effective. Entre l’obstruction de la direction de l’abattoir et une présence policière démesurée face au petit groupe de parlementaires présents, tout laisse à penser que l’établissement persiste dans ses pratiques illégales, avec la complicité du gouvernement. Récit.

4h30 du matin, 7°C au thermomètre – 4 élus parmi lesquels Manuel Bompard et Bastien Lachaud, mais aussi Caroline Roose et Claude Gruffat, députés européens EELV, accompagnés de L214 se rendent devant l’abattoir de Blancafort. Le but de l’opération ? Vérifier si la mise en conformité avec le droit du transport des animaux d’élevage promise par le gouvernement a été mise en œuvre.

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En mars dernier, Manuel Bompard s’était déjà rendu devant l’abattoir, accompagné de L214 et d’un huissier de justice afin de constater le traitement déplorable et illégal des animaux dans cet établissement, produisant notamment des volailles pour Le Gaulois, Marie ou encore Loué. En juillet, au cours d’une audition de la commission d’enquête du Parlement européen sur le transport des animaux vivants, une représentante du ministère de l’agriculture assurait à Manuel Bompard que l’abattoir avait été mis en demeure de se mettre en conformité avec la législation au 30 septembre. Nos élus ont donc tenu à voir d’eux-mêmes si la situation avait évolué.

En moins d’une heure après l’arrivée des élus et de l’association L214, les forces de l’ordre arrivent sur place. Leur mission officielle ? Protéger les parlementaires et leurs équipes qui se trouveraient sur la route. Pourtant, c’est tout un cordon de sécurité qui se déploie autour de l’abattoir pour empêcher toute éventuelle intrusion. Lorsque les élus insoumis expliquent aux gendarmes présents que des infractions sont commises par l’établissement et que ces dernières vont pouvoir être constatées, les forces de l’ordre présentes se disent incapables d’agir face à ce flagrant délit.

7h du matin – Les camions de transport n’arrivent pas. Comme la fois précédente, le plus probable est qu’ils aient reçu l’ordre de différer leur arrivée tant que les parlementaires seront présents – ce qui constitue une nouvelle infraction : le transport ne peut en aucun cas être interrompu après le départ. Les parlementaires demandent alors à s’entretenir avec le directeur de l’établissement, partant du principe que si l’abattoir a effectivement été mis en conformité, il ne devrait y avoir aucun problème à ce que les parlementaires visitent les lieux. Ils essuieront un refus sec et seront invités à adresser leurs éventuelles questions par mail. Derrière les grilles de l’abattoir, on ne peut que constater que rien n’a changé : les camions de transport sont toujours équipés de cages bien trop étroites pour les volailles, qui se retrouvent généralement entassées les unes sur les autres, sans possibilité de se mouvoir et qui se voient abandonnées à des conditions sanitaires déplorables, et ce, toujours en toute illégalité.

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Photo d’un camion prise devant l’abattoir en mars 2021

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Photo d’un camion prise devant l’abattoir le 13 octobre 2021

Au-delà du caractère évident de cruauté dans le transport des animaux d’élevage vers cet abattoir, c’est l’ensemble de la production qui doit être repensée. Le traitement reçu par ces animaux fait écho à celui que subissent les employé.e.s: l’impératif de productivité et de rentabilité à déjà entraîné 3 suicides au sein de l’établissement. Les cadences infernales imposées par les directions successives de l’abattoir et la cruauté du traitement productiviste des animaux vivants sont à l’origine de très grandes souffrances psychologiques..

Les citoyens sont en demande de modes de production plus respectueux des animaux comme des travailleurs, pourtant l’industrie s’acharne à perpétuer ses pratiques. Pire encore, elle ne manque pas une occasion de s’opposer à de nouvelles législations visant à mieux accompagner les producteurs dans la mise en place de nouveaux procédés.[1] Le lobbying dévastateur de l’industrie agroalimentaire est bien sûr renforcé par l’appui de ses complices à l’intérieur : un gouvernement défaillant qui ne remplit pas ses obligations légales et des élus LREM et LR toujours prêts à défendre les intérêts du capital, comme ce fut le cas lorsque Bastien Lachaud avait déposé un amendement visant à réduire le temps de transport des animaux, auquel la Macronie s’était opposé.

Cette immobilité persiste en toute illégalité face aux lois existantes. Pour Manuel Bompard, “la législation visant à protéger les animaux est trop faible, mais elle a le mérite d’exister. Le minimum serait qu’elle soit appliquée”. Mais la machine agroalimentaire capitaliste n’en a cure, elle broie tout sur son passage, avec le soutien du gouvernement, au détriment des citoyens et des travailleurs, et finalement de l’ensemble du vivant.

Il faut appliquer la législation, mais il est nécessaire d’aller plus loin et de la renforcer pour protéger véritablement les animaux. C’est le sens du travail que mène actuellement Manuel Bompard au sein de la commission d’enquête sur le transport des animaux, afin de préparer des recommandations solides, appuyées par l’expérience du terrain, en vue de la réforme de la législation européenne sur le transport qui aura lieu dans les années à venir.Catégories

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