Après avoir fêté cette année ses 10 ans, la France insoumise s’engageait pour la première fois pleinement dans une campagne d’élections municipales. Cela a nécessité une mobilisation intense des insoumis partout en France pendant plusieurs mois. La constitution de listes à l’image du peuple, la construction de programmes sérieux partant des besoins des habitantes et des habitants et le déploiement dans des centaines de campagnes municipales étaient des défis immenses pour notre jeune mouvement. Il faut saluer l’engagement extraordinaire partout en France des militants de la France insoumise, épaulé et aidé par le travail formidable des équipes nationales.
À l’issue de cette campagne, le bilan est remarquable pour la France insoumise. Elle fait son entrée dans plus de 400 conseils municipaux, soit plus de 16 millions de Français·es qui auront des conseillers municipaux insoumis. Elle l’emporte dans une dizaine de communes, dont 2 des 50 communes les plus peuplées de France (Roubaix et Saint-Denis).
Ces victoires ne sont pas anodines. Alors qu’environ 30 000 personnes en France vivaient dans une « mairie insoumise », elles seront désormais environ 550 000, soit une multiplication par 18. De véritables exploits ont été réalisés au Tampon, à Vaulx-en-Velin, à Vénissieux ou encore à Creil, où les candidats insoumis n’étaient pas en tête au premier tour. À Roubaix, 100 000 habitants, comme au Tampon, la victoire insoumise permet aussi de tourner la page de la droite. Ces victoires confirment la percée de la France insoumise dans les classes populaires qui étaient sorties du jeu politique et dans des villes et quartiers négligés et relégués par la vieille scène politique. Ainsi, l’intégralité des villes remportées par la France insoumise font partie des 80 communes les plus pauvres de France.
Ces victoires ne doivent pas éclipser les grandes performances qui ont eu lieu ailleurs. Dans des grands centres urbains, d’abord, avec près de 47 % à Toulouse, 41 % à Limoges, 34 % à Lille malgré l’alliance contre-nature du PS avec les Verts, 25 % à Montpellier (hausse de 10 points entre les deux tours), 20 % à Rennes, 17 % à Metz, 15 % à Caen, etc.
Contrairement à ce que le récit médiatique laisse entendre, la France insoumise est également massivement présente dans les villes petites et moyennes. À Saint-Girons, la liste insoumise gagne 6 points entre les deux tours pour arriver à 23 %. À Belfort, elle gagne plus de 5 points pour arriver à 28 %. Les listes soutenues par la France insoumise font plus de 26 % dans les communes entre 5 000 et 50 000 habitants. Cette élection a aussi reconduit de nombreux sortants insoumis dans des petits villages et de nouveaux les ont rejoints.
Comme toujours, ce qui se passe dans les territoires ultramarins est passé sous silence. Pourtant, à la Réunion par exemple, l’alliance de la France insoumise et du PLR d’Huguette Bello a engrangé les victoires et la France insoumise a remporté la victoire au Tampon, 4ème ville de la Réunion, en chassant la droite qui dirigeait la ville depuis 70 ans.
Avant même l’annonce des résultats, les éditorialistes avaient écrit le nouveau script soufflé par le Parti socialiste pour masquer ses défaites et ses fractures internes. Il fallait dire que la percée insoumise avait fait pschitt et que toutes les victoires de la gauche se faisaient grâce aux autres, mais que les défaites étaient de notre faute. Ce récit ne résiste pas un seul instant à l’épreuve des faits.
Prenons d’abord le cas des grandes villes où la France insoumise a fait l’union derrière elle, Toulouse et Limoges. Nous échouons à quelques pourcents. Il n’en fallait pas tant pour ressortir le refrain du plafond de verre et de la détestation de la France insoumise. Dans les deux cas pourtant, la gauche (que ce soit le PS ou les Verts) n’avait déjà pas réussi à l’emporter en 2014 et en 2020, sans que les insoumis ne puissent alors en être jugés responsables.
À Toulouse, le total des voix de gauche au premier tour était certes plus important que le total des voix de droite. La situation était la même en 2020 et cela n’avait pas empêché la défaite de la liste d’union à gauche dirigée à l’époque par un écologiste. Cela ne signifie pour autant pas que les voix ne se reportent pas : le total de voix de la liste d’union augmente nettement, mais la droite a réussi à mobiliser des réserves de voix conséquentes. Ce fut déjà le cas à Toulouse par le passé, où l’électorat conservateur se surmobilise systématiquement au deuxième tour. En vérité, jamais une liste de gauche n’avait obtenu autant de voix au deuxième tour des élections municipales à Toulouse. Ainsi, la liste menée par François Piquemal fait progresser la gauche de 25 000 voix par rapport à 2020 et de 11 000 par rapport à 2014.
À Limoges, le scénario est le même qu’en 2020. Le total gauche était similaire au premier tour et le score est semblable au second tour avec celui réuni par le candidat du PS en 2020. Là encore, le nombre de voix récoltées a augmenté au second tour et rien n’accrédite la thèse d’une fuite des électeurs ou d’un barrage contre LFI. Au contraire, ces résultats confirment que le matraquage anti-LFI ne fonctionne pas. Faut-il rappeler que c’est le PS qui, après l’avoir dirigée pendant 60 ans, a perdu la ville en 2014 sans réussir à la reprendre en 2020 ?
Bien sûr, nous aurions espéré qu’à Toulouse une plus forte mobilisation permette de réussir ce que la gauche n’avait pas réussi jusque-là, ou qu’à Lille la tête de liste écologiste respecte le choix de ses colistiers et de ses militants pour faire gagner la gauche de rupture. Mais il faut noter que, malgré les campagnes de calomnies alimentées par le PS, malgré les ingérences étrangères et les fausses informations pendant l’entre-deux-tours, les insoumis ont dépassé d’autres forces de gauche au premier tour dans de très grandes villes et sont parvenus à réunir au second tour 47 % des voix à Toulouse, 41 % à Limoges ou encore 35 % à Lille. Ce sont d’immenses performances : quelle autre force politique a réussi autant après 10 ans d’existence ?
Vient ensuite le grief principal : la France insoumise ferait perdre les autres quand elle se rangerait derrière. Elle serait un « boulet pour la gauche » selon les mêmes qui, il y a une semaine, nous suppliaient pour une fusion. Là encore, ce récit ne résiste pas à l’épreuve des faits.
Ainsi, si l’on prend l’ensemble des fusions qui ont été faites avec d’autres forces de gauche, le score des listes fusionnées est égal au score des listes séparées. Parmi les 20 plus grandes villes, une seule est perdue par la gauche, par refus de fusionner (Bordeaux). Lyon a été sauvée par les écologistes grâce à la France insoumise mais la métropole est tombée en raison du refus de l’attelage EELV/PS/PCF de s’unir dans les circonscriptions métropolitaines. Au total, dans les villes de plus de 100 000 habitants, la moitié des fusions de LFI derrière des têtes de liste PS ou EELV (4 villes sur 8) ont permis de l’emporter (Lyon, Nantes, Tours et Grenoble). Ce n’est pas le cas à Clermont-Ferrand, Brest ou Besançon (3 villes sur 8), ni à Strasbourg en raison de l’alliance honteuse entre le Parti socialiste et la droite de Horizons face à la gauche.
En vérité, la défaite dans ces 3 communes provient exclusivement du désaveu cinglant rencontré par les maires sortants dans ces communes. Par rapport à 2020, le PS a chuté de 8 points à Clermont-Ferrand (comme la sortante écologiste à Strasbourg) et de 18,5 points à Brest, deux villes qu’il dirigeait depuis plusieurs décennies. La fusion n’a en fait été effectuée par le Parti socialiste que lorsque la situation de ses maires sortants était désespérée. Il n’est alors pas surprenant qu’elle n’ait pas toujours permis de renverser la vapeur. Il faut dire qu’elle s’est faite dans de telles conditions d’opportunisme qu’elle ne pouvait produire aucune dynamique de mobilisation : comment appeler à voter pour des candidats que vous avez copieusement insultés pendant plusieurs semaines, sous les coups de butoir de dirigeants nationaux du PS préférant passer leur entre-deux-tours à s’en prendre à la France insoumise qu’à combattre la droite et l’extrême droite ? Voilà qui furent en réalité les boulets des maires sortants socialistes en difficulté au soir du premier tour !
Et comment ne pas aussi poser la question de leur bilan, de la vague dégagiste qui les a frappés et des conséquences de la collusion des députés du Parti socialiste avec les politiques macronistes ? Comment ne pas y voir un désaveu cinglant du vote pour le pire budget de la sécurité sociale de ces dernières années et des refus répétés de censure du gouvernement Lecornu ? Comment ne pas comprendre que ce reniement du programme du Nouveau Front populaire a fait du PS une machine à perdre pour la gauche ? Car les dynamiques sont très claires : le bloc de la gauche traditionnelle (PS/Verts) a perdu plus de 6 points au premier tour dans les villes de plus de 100 000 habitants par rapport à 2020 alors que les listes de la France insoumise ont au contraire augmenté leur résultat de 9,3 points dans ces mêmes communes. À nouveau, comme aux élections européennes, c’est la France insoumise qui fait progresser la gauche pour ces élections municipales.
Ce scrutin trace des perspectives. Un fort dégagisme s’est exprimé avec la défaite des trois-quarts des sortants au deuxième tour. L’abstention continue à gangréner la vie politique, même si elle a diminué là où les insoumis ont progressé. La macronie et les partis traditionnels reculent.
C’est vrai à gauche. Sur l’ensemble des villes de plus de 30 000 habitants, il n’y en a jamais eu moins dirigées par la gauche traditionnelle, qui en a perdu la moitié depuis 2008, alors même que le PS se présente désormais quasiment systématiquement dans des listes d’union. La direction du PS a donné un spectacle affligeant consistant à nous insulter pendant la campagne, nous prier de fusionner entre les deux tours puis recommencer à nous insulter à 20h01. De telles démonstrations d’incohérence et d’hypocrisie ne font que dégoûter le peuple, et les défaites socialistes en sont la démonstration.
Le problème de la gauche n’est donc pas la France insoumise, bien au contraire. Celle-ci a en fait hérité d’une situation complexe : l’affaiblissement historique du socle électoral de la gauche, démoli par le quinquennat Hollande qui aura fait perdre environ 16 points à la gauche entre 2012 et 2017. Dans ce contexte, la gauche traditionnelle perd 7 villes parmi les 50 plus grandes, et c’est la gauche de rupture qui progresse au contraire en remportant 3 villes supplémentaires (2 pour la France insoumise, 1 pour le PCF). C’est donc elle qui incarne aujourd’hui l’espoir de la gauche de tourner la page de la macronie et de battre l’extrême droite.
C’est possible d’y parvenir. Ainsi, la France insoumise a pris à nouveau sa part dans la bataille face à l’extrême droite lors de ces élections :
- Dans 42 villes, nous faisons baisser le score du Rassemblement national par rapport aux précédentes élections grâce à notre hausse.
- Dans 56 communes où nous sommes présents, le Rassemblement national a renoncé à se présenter alors qu’il était auparavant présent.
- Dans 34 villes où nous présentons une liste après avoir été absents en 2020, nous faisons baisser le Rassemblement national.
Celui-ci recule dans les banlieues populaires et ne présente souvent plus de candidats. Dans de nombreuses petites communes où il tentait de s’implanter pour la première fois, fort de résultats nationaux importants, le barrage a tenu au deuxième tour.
Il progresse néanmoins en nombre de voix, mais moins qu’attendu. Il gagne environ 250 000 voix sur l’ensemble du pays au premier tour par rapport à 2014, alors que nous en gagnons 500 000 depuis 2014, où nous étions quasi-systématiquement alliés avec le PCF. Mais le Rassemblement national a échoué, malgré des victoires dans des villes moyennes et petites (principalement dans ses zones de force), à remporter la plupart de ses cibles. Il faut rappeler d’ailleurs que le RN avait déjà gagné d’assez nombreuses mairies en 2014 et que la progression par rapport à cette référence est plus faible que par rapport à 2020. Le RN stagne dans les communes de plus de 50 000 habitants alors que nous progressons partout.
Dans cette situation, il faut désormais que la gauche accélère sa progression portée par la gauche de rupture pour l’emporter en 2027. Nous avons fait regagner 4 points à la gauche après le désastre Hollande. Nous sommes le seul mouvement à avoir progressé à chacune des élections depuis 2017 : nous sommes passés de 11 à 22 % aux présidentielles, de 6 à 10 % aux européennes, de 0 à 6 villes de plus 50 000 habitants, de 17 députés au plus gros groupe de l’alliance remportant les législatives. Une progression dans tous les types d’élections depuis 10 ans n’est pas un hasard, c’est une lame de fond.
Le travail est loin d’être terminé. Pour l’emporter, nous devons renforcer encore la mobilisation des jeunes, des catégories populaires ou des exploités du capitalisme. C’est toujours dans l’abstention que se trouvent nos marges de progression. Car c’est là que nous pouvons effacer le différentiel de vote avec les franges plus conservatrices, qui est aujourd’hui le plafond de verre de l’intégralité de la gauche pour pouvoir gouverner le pays.
Il faut poursuivre le travail de dévoilement de l’extrême droite sur son caractère intrinsèquement raciste et antisocial. La transformation progressive du RN en parti ultralibéral pourrait contribuer à l’affaiblir. La France insoumise possède déjà le plus haut potentiel électoral en dehors du RN selon les études d’opinion. La campagne présidentielle devrait permettre de le faire croître encore quand la confrontation des projets prendra le dessus sur le bashing médiatique incessant qui s’use de jour en jour. Cette campagne des élections municipales aura été une formidable démonstration de la neutralisation des calomnies médiatiques, agissant davantage comme un levier de mobilisation populaire plutôt que comme un instrument de délégitimation.
Pour cette grande bataille qui s’annonce, la France insoumise sort de ces municipales avec des milliers d’élus locaux de combat ainsi qu’avec plus de 10 000 militants supplémentaires. Ces forces seront essentielles dans la bataille. Il nous reste un an pour, comme le disait Jaurès, « fatiguer le doute du peuple par la persévérance de notre dévouement ». Rejoignez-nous !